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spiritualite--etres de lumiere

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Page 347 - La force du Silence - (les rituels)

« Alors, il y a un aspect mauvais dans l’homme, dis- je, en jubilant. Vous le niez toujours. Vous dites tou- jours que le mal n’existe pas, que seul le pouvoir existe. » Je fus moi-même surpris par l’accès dont j’avais été saisi. En un instant, mes antécédents catholiques vin- rent peser sur moi et le Prince des Ténèbres surgit, menaçant et immense. Don Juan rit jusqu’à en tousser. « Bien sûr qu’il y a un aspect mauvais en nous. Nous tuons gratuitement, n’est-ce pas ? Nous brûlons des gens au nom de Dieu. Nous nous détruisons ; nous faisons table rase de la vie sur cette planète ; nous détruisons la terre. Et puis nous nous habillons de robes et le Seigneur s’adresse directement à nous. Et que nous dit le Seigneur ? Il dit que nous devons être de bons enfants si nous ne voulons pas être punis. Le Seigneur nous menace depuis des siècles, et cela ne change rien. Non pas parce que nous sommes mauvais, mais parce que nous sommes idiots. L’homme a un aspect mauvais, oui, et cet aspect s’ap- pelle la stupidité. » Après un moment de silence, don Juan m’expliqua que, de même que le rituel forçait les hommes ordi- naires à construire d’immenses églises qui étaient des monuments dédiés à la suffisance, le rituel forçait aussi les sorciers à construire des édifices marqués par la morbidité et par l’obsession. En conséquence, il était du devoir de tous les naguals de guider la conscience afin qu’elle s’envole vers l’abstrait, libre de privilèges et d’hypothèques. « Qu’entendez-vous, don Juan, par privilèges et hypothèques ? demandai-je. – Le rituel peut prendre l’attention au piège, mieux que tout ce à quoi je peux penser, dit-il, mais il exige aussi un prix très élevé. Ce prix est la morbi- dité. Et la morbidité peut faire peser sur notre conscience les privilèges et les hypothèques les plus lourds. » Don Juan me dit que la conscience humaine était pareille à une immense maison hantée. La conscience de la vie de tous les jours était comme scellée pour la vie dans une pièce de cette immense maison. Nous entrions dans cette pièce par une ouverture magique : la naissance. Et nous en sortions par une autre ouverture magique : la mort. Mais les sorciers étaient capables de trouver une autre ouverture encore et pouvaient quitter la chambre scellée encore vivants. Une superbe réus- site. Mais ce qu’ils accomplissaient de stupéfiant consistait, quand ils s’échappaient de cette pièce scel- lée, à choisir la liberté. Ils choisissaient de quitter cette immense maison hantée pour de bon au lieu de se perdre à l’intérieur. La morbidité était l’antithèse de la vague d’énergie dont la conscience a besoin pour atteindre la liberté. La morbidité faisait perdre leur chemin aux sorciers et les faisait tomber dans le piège des chemins sombres et complexes de l’inconnu.




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